🔎 L’essentiel à savoir sur l’entrait retroussé
| Définition | Pièce de bois horizontale ou légèrement inclinée qui relie deux arbalétriers dans une ferme de charpente, placée plus haut que l’entrait classique pour libérer le volume sous les combles. |
| Synonymes | Entrait relevé, entrait moisé (lorsqu’il est constitué de deux pièces jumelles). |
| Fonction première | Maintenir l’écartement des arbalétriers en travaillant à la traction, tout en créant un espace dégagé pour aménager les combles. |
| Emplacement typique | Dans le tiers supérieur de la hauteur des arbalétriers, entre 2/3 et 3/4 de la hauteur sous faîtage. |
| Portée courante | Jusqu’à 12 mètres pour les fermes à entrait retroussé. |
| Compléments structurels | Jambes de force, pannes, tirants métalliques, contrefiches. |
Qu’est-ce qu’un entrait retroussé et à quoi sert-il ?
Un entrait retroussé est une pièce de charpente horizontale ou légèrement inclinée qui relie les deux arbalétriers d’une ferme, mais qui est placée plus haut que l’entrait traditionnel, dans le tiers supérieur de la structure, afin de dégager un volume habitable sous les combles tout en assurant la stabilité de la toiture.
Dans une charpente traditionnelle, l’entrait classique constitue la base du triangle que forme la ferme : il repose sur les murs porteurs et relie les pieds des arbalétriers. Il travaille en traction pour empêcher l’écartement des versants du toit. Mais cette disposition bloque l’espace central sous les combles, rendant tout aménagement difficile. L’entrait retroussé résout ce problème en remontant la pièce horizontale plus haut sur les arbalétriers ; il continue de s’opposer aux forces de traction, mais libère le volume situé sous lui.
Ce dispositif apparaît dès la fin du Moyen Âge, lorsque les charpentiers cherchent à créer des greniers et des combles habitables. Aujourd’hui, il reste très utilisé dans les constructions neuves et les rénovations de combles, car il permet d’obtenir une hauteur sous plafond suffisante sans compromettre la solidité de la toiture. Selon le Guide des termes de la construction (GDT), l’entrait retroussé est “une pièce de bois horizontale utilisée pour assurer l’appui intermédiaire de deux chevrons opposés, habituellement situés dans le tiers médian des chevrons”.
Comment reconnaître un entrait retroussé dans une charpente ?
On reconnaît un entrait retroussé à sa position élevée sur les arbalétriers, à sa fonction de tirant horizontal qui relie deux versants opposés et à l’absence de fixation à la base des pieds d’arbalétriers ; il est souvent accompagné de jambes de force ou de tirants supplémentaires pour stabiliser la ferme.
Lorsqu’on observe une charpente, l’entrait retroussé se distingue nettement de l’entrait classique : il ne touche pas le plancher et semble “suspendu” à mi-hauteur ou plus haut. Plusieurs indices vous aideront à l’identifier sans erreur :
- Sa position : il se trouve dans le tiers supérieur des arbalétriers, parfois à la jonction entre le tiers médian et le tiers supérieur. Sa hauteur est souvent dictée par le volume intérieur souhaité.
- Ses assemblages : il est assemblé aux arbalétriers par tenon et mortaise ou par connecteurs métalliques, jamais en pied de ferme.
- Son orientation : horizontal ou très légèrement incliné, contrairement à une panne qui suit la pente du toit et porte les chevrons.
- Les pièces complémentaires : la présence de jambes de force inclinées, reliant l’entrait retroussé aux arbalétriers, est un signe caractéristique. Elles aident à transmettre les efforts vers les appuis inférieurs.
- Épaisseur : il peut être simple (une seule pièce) ou moisé (deux pièces parallèles jumelées).
Ne confondez pas l’entrait retroussé avec une panne (qui soutient les chevrons) ou un faux-entrait (qui travaille en compression). La hauteur et le rôle en traction sont les clés de l’identification.
Pourquoi utiliser un entrait retroussé dans sa charpente ?
On utilise un entrait retroussé pour aménager des combles habitables sans sacrifier la solidité de la charpente : il libère un volume utile sous le faîtage tout en maintenant l’écartement constant des arbalétriers, ce qui permet de créer une pièce à vivre là où un entrait bas l’aurait empêché.
Les avantages sont multiples :
- Hauteur sous plafond : en remontant la poutre horizontale, on gagne une hauteur libre de passage dans la partie centrale des combles. On peut ainsi installer une chambre, un bureau ou une salle de jeux sans se cogner la tête.
- Économie de matériaux : contrairement à la création d’une charpente entièrement autoportante, l’entrait retroussé permet de conserver des sections de bois modérées sur les arbalétriers, tout en réduisant la nécessité de pièces massives en pied.
- Souplesse architecturale : selon les dimensions, on peut positionner l’entrait entre 2 et 3 mètres au-dessus du plancher, en fonction du volume souhaité et des contraintes de la couverture.
- Compatibilité avec les constructions modernes : la ferme à entrait retroussé s’associe très bien avec des planchers bois ou béton, et s’intègre dans des projets de surélévation ou de rénovation de maisons anciennes.
Attention toutefois : l’entrait retroussé modifie le cheminement des efforts dans la ferme. En l’absence d’une liaison directe entre les pieds d’arbalétriers, des poussées horizontales apparaissent au niveau des murs porteurs. Pour y remédier, on ajoute souvent un tirant métallique ancré au niveau du plancher, qui reprend ces poussées, ou des jambes de force qui les redirigent vers des appuis plus solides.
La ferme à entrait retroussé : principe mécanique et exemples traditionnels
Une ferme à entrait retroussé est une structure triangulée où l’entrait, au lieu d’être en pied, est remonté sur les arbalétriers et combiné avec des jambes de force ; ce type de ferme permet de franchir des portées de 10 à 12 mètres et de dégager sous les combles un grand volume habitable, comme dans la célèbre ferme à la Mansart.
Le principe mécanique repose sur une hyperstaticité contrôlée : l’entrait retroussé travaille en traction, les jambes de force en compression, et les arbalétriers en flexion composée. Les poussées horizontales sont reprises soit par un tirant acier au droit du plancher, soit par un blochet ou des poteaux si la ferme est sur blochet. La conception doit impérativement être validée par un bureau d’études structure, car une erreur de dimensionnement peut entraîner un déversement des murs ou un affaissement du faîtage.
Historiquement, la ferme à la Mansart (ou à comble brisé) est l’exemple le plus emblématique d’utilisation de l’entrait retroussé. Elle se compose de deux parties :
- Le terrasson (partie supérieure à faible pente), où l’entrait retroussé est souvent placé à la jonction avec le brisis.
- Le brisis (partie inférieure très pentue), qui permet d’adosser des cloisons intérieures et de créer de la hauteur sous plafond.
D’autres variantes existent : la ferme sur blochet supprime totalement les poussées horizontales en articulant la ferme sur des potelets, et la ferme à faux-entrait qui, elle, travaille en compression et ne se substitue pas à un entrait bas. L’entrait retroussé peut aussi être installé dans une charpente à chevrons porteurs, avec ou sans ferme principale.
⚠️ Point de vigilance : dans une ferme à entrait retroussé, la poussée en pied des jambes de force peut atteindre plusieurs tonnes. Ne jamais supprimer un entrait existant sans avoir prévu un système de reprise d’efforts par un professionnel. Un déversement progressif des murs peut mettre plusieurs années avant de se manifester par des fissures.
Entrait retroussé simple ou moisé : quelles différences ?
L’entrait retroussé moisé est constitué de deux pièces de bois jumelles placées de part et d’autre des arbalétriers, alors que l’entrait simple est une seule poutre ; le moisage augmente la résistance et facilite les assemblages, surtout pour les portées importantes ou lorsque l’entrait doit reprendre des efforts de traction élevés.
Le terme “moisé” vient du verbe moiser qui signifie assembler deux éléments parallèles pour en renforcer la capacité portante. Dans une charpente, un entrait retroussé moisé se présente sous la forme de deux membrures identiques (souvent en bois massif ou lamellé-collé) qui enserrent les arbalétriers et les poinçons. Les avantages sont concrets :
- Meilleure transmission des efforts : les deux pièces reprennent ensemble la traction, ce qui permet de réduire la section individuelle et d’optimiser le bois.
- Assemblage par boulonnage : le perçage traversant des deux jumelles offre un montage précis et démontable, alors qu’un tenon-mortaise sur une pièce simple demande plus de précision.
- Adaptabilité à la rénovation : on peut installer un entrait moisé en renforcement d’une charpente existante sans déposer la couverture, en glissant les deux pièces de part et d’autre des fermes.
En pratique, un entrait retroussé moisé sera souvent choisi pour les fermes de plus de 8 mètres de portée, ou lorsque la charge de neige est importante. Il s’accompagne généralement de jambes de force moisées elles aussi, créant une triangulation très rigide.
Faux-entrait et entrait retroussé : ne pas les confondre
Le faux-entrait est une pièce horizontale placée en partie haute de la ferme, comme l’entrait retroussé, mais il travaille en compression et non en traction ; il sert à réduire la portée de flexion des arbalétriers sans remplacer la fonction de tirant de l’entrait bas, tandis que l’entrait retroussé, lui, joue pleinement le rôle de tirant.
Cette confusion est fréquente car les deux éléments peuvent se trouver à la même hauteur. Cependant, leurs rôles sont diamétralement opposés : le faux-entrait est comprimé, il “pousse” sur les arbalétriers pour les soutenir, à la manière d’une contrefiche. L’entrait retroussé est tendu, il “tire” sur les arbalétriers pour les empêcher de s’écarter. Dans une ferme bien conçue, on peut trouver les deux : un faux-entrait supérieur relié au poinçon, et un entrait retroussé un peu plus bas, moisé, agissant en traction. Ne vous fiez donc pas à la seule position, mais examinez la nature des assemblages et le sens des efforts transmis.
Peut-on supprimer ou modifier un entrait existant dans sa charpente ?
Il est possible de supprimer un entrait bas gênant, à condition de le remplacer par un entrait retroussé correctement dimensionné et accompagné des renforts nécessaires (jambes de force, tirant métallique) ; jamais on ne supprime un entrait sans créer un nouveau chemin de reprise des efforts de traction, sous peine de voir les murs s’écarter et la toiture s’effondrer.
De nombreux propriétaires souhaitent gagner de la hauteur dans leurs combles en supprimant l’entrait bas d’origine. La technique consiste à :
- Modéliser la ferme et calculer les efforts (par un bureau d’études structure bois).
- Installer provisoirement un étaiement pour soulager la charpente.
- Mettre en place un nouvel entrait retroussé (simple ou moisé) plus haut, sur les arbalétriers, en respectant les hauteurs réglementaires pour l’habitabilité.
- Ajouter des jambes de force reliant l’entrait retroussé aux parties basses des arbalétriers ou à des potelets.
- Poser un tirant métallique horizontal en pied de ferme, noyé dans le plancher ou sous chape, qui reprendra les poussées résiduelles.
- Déposer l’ancien entrait uniquement lorsque le nouveau système est en place et que les tassements ont été contrôlés.
Cette opération n’est absolument pas à la portée d’un bricoleur seul : elle engage la stabilité globale de la maison. Un charpentier professionnel et un ingénieur structure sont indispensables. Le coût peut varier de 2000 à 8000 € selon la complexité et la portée, mais il est bien inférieur au coût d’une réparation après sinistre.
Calcul et dimensionnement d’une ferme à entrait retroussé
Le calcul d’une ferme à entrait retroussé repose sur l’équilibre des forces de traction dans l’entrait, de compression dans les jambes de force et de flexion dans les arbalétriers ; des logiciels de calcul de structures ou des abaques professionnels déterminent la section des pièces, le positionnement optimal de l’entrait et la nécessité d’un tirant métallique en fonction de la portée, de la charge de neige et de la pente du toit.
Pour un projet d’aménagement de combles, les hypothèses de calcul incluent :
- La portée libre entre murs porteurs (de 6 à 12 m pour du traditionnel).
- La charge permanente (poids de la couverture, des isolants, des planchers) et la surcharge climatique (neige, vent selon la région).
- La hauteur de l’entrait par rapport au plancher : plus il est haut, moins il travaille en traction efficace, ce qui nécessite des sections plus fortes ou un tirant bas.
- La section des arbalétriers et leur portée entre appuis.
Des abaques existent pour les portées courantes, mais seule une étude personnalisée garantit la sécurité. À titre indicatif, pour une maison de 8 m de large avec une pente à 45°, un entrait retroussé en bois massif C24 de section 10×20 cm peut suffire si bien associé à des jambes de force de 10×15 cm et un tirant acier ∅16 mm. Mais ces valeurs ne sont données qu’à titre illustratif et doivent impérativement être vérifiées par un professionnel.
✨ Mon verdict
Après avoir passé en revue tous les aspects de l’entrait retroussé, je retiens quatre idées essentielles pour tout propriétaire qui envisage d’aménager ses combles.
1. L’entrait retroussé est une solution éprouvée pour concilier volume et solidité. En remontant simplement une poutre horizontale sur les arbalétriers, on gagne un espace habitable sans affaiblir la charpente, à condition de correctement maîtriser les poussées. C’est une technique ancienne que les charpentiers ont perfectionnée et que l’on retrouve dans les plus belles réalisations, de la maison de village au loft contemporain.
2. Ne jouez pas à l’apprenti sorcier avec votre entrait. Qu’il s’agisse de supprimer un entrait bas ou d’en créer un nouveau, la stabilité de votre toiture en dépend. J’ai vu trop de maisons anciennes avec des murs bombés parce qu’un entrait avait été simplement coupé. Faites appel à un bureau d’études et à un charpentier qualifié : leur intervention vous coûtera beaucoup moins cher qu’une réparation de fissures structurelles.
3. Le choix entre entrait simple et moisé dépend surtout de la portée et du style de charpente. Pour les projets jusqu’à 7-8 m de portée, un entrait simple bien dimensionné peut suffire ; au-delà, le moisé apporte robustesse et facilité de mise en œuvre. Pensez aussi aux jambes de force et au tirant métallique, qui sont vos meilleurs alliés pour protéger les murs porteurs.
4. L’entrait retroussé ne fait pas tout : la ferme dans son ensemble doit être pensée. Il n’est qu’un maillon d’une chaîne qui comprend arbalétriers, pannes, blochets et contreventement. Si vous rénovez, profitez-en pour isoler correctement et intégrer un parement plafond sans ponts thermiques. Le confort final de vos combles dépendra autant de la charpente que de l’étanchéité à l’air et de l’isolation.
Et vous, avez-vous déjà aménagé des combles sous une charpente à entrait retroussé ? Quels obstacles avez-vous rencontrés ? Partagez votre expérience en commentaire : vos astuces intéresseront toute la communauté des bricoleurs prudents. 👇